Du plastique au sol sur des parcelles bio. Une contradiction apparente qui, une fois expliquée, révèle quelque chose de plus complexe : ce que cultiver sans chimie implique vraiment comme arbitrages.
On utilise des bâches d’ensilage sur toutes nos parcelles de chanvre. La raison principale, c’est la gestion de l’enherbement. Avec les bâches en place, on n’a pas besoin de passer désherber. On ne fait rien dans la culture une fois que les plantes sont installées. C’est pour ça aussi qu’on ne mécanise presque pas dans les champs : la bâche règle le problème à la source.
La bâche règle l'essentiel mais certaines plantes (comme ce fouti liseron) trouvent quand même leur chemin.
On détaille comment on les gère, sur le chanvre comme sur les autres cultures →Le gain de temps est considérable. Sans bâche, il faudrait passer régulièrement biner entre les rangs, griffer mécaniquement ou désherber à la main. Ce sont des heures de travail hebdomadaires en pleine saison.
Les bâches se posent au tout début, juste après avoir broyé l’engrais vert, apporté l’engrais bio, passé le coup de disque et installé les goutte-à-goutte. On pose les bâches, puis on plante.
À la fin de la récolte, tout se démonte : bâches, palissage des plantes, tuyaux de goutte-à-goutte. Plusieurs kilomètres de tuyaux sur nos parcelles. Tout doit être retiré pour pouvoir semer l’engrais vert derrière.
Le goutte-à-goutte qui passe sous les bâches : comment on gère l’eau sans forage ni réseau
On nous pose souvent la question : du plastique au sol sur des parcelles bio, ce n’est pas contradictoire ? C’est légitime. Et la réponse n’est pas simple.
Si on n’utilisait pas de bâche, il faudrait désherber autrement. Mécaniquement, ça consomme du carburant, ça abîme le sol, ça le compacte. Manuellement, c’est des dizaines d’heures de travail. Et un sol laissé nu, sans couverture, c’est en soi un problème agronomique : ça détruit la matière organique, ça libère du CO2, ça crée une croûte de battance en surface, ça dégrade la structure. Un sol aime être couvert.
La bâche, elle, se retire en fin de saison. On ne la laisse pas se dégrader dans la nature. C’est du plastique qu’on gère, qu’on stocke, qu’on réutilise.
C’est un choix pragmatique : entre du plastique récupéré et géré, et un sol abîmé, plus de gasoil brûlé et plus d’eau consommée, on a choisi le premier.
L’idéal serait de tout pailler avec vingt centimètres de broyat de bois. Ce serait bien meilleur pour le sol. Mais vingt centimètres de broyat sur mille deux cents mètres carrés, ça fait quelques centaines de mètres cubes. Les camions refusent de descendre jusqu’à nous, le chemin est trop compliqué d’accès. Et quand ils acceptent, les livraisons sont très chères, à des prix qui ne sont pas raisonnables pour l’agriculture. Ce n’est pas possible.
L’agriculture, c’est une histoire de pragmatisme. On fait du mieux qu’on peut avec les cartes qu’on a en main.
Ce qu’on cherche à faire au maximum, c’est utiliser des bâches d’ensilage de récupération. Des éleveurs les jettent après usage, on les récupère. Le problème, c’est qu’on n’est pas dans une région d’élevage. Ça ne se trouve pas facilement. Du coup, on est parfois obligés d’en acheter du neuf.
Les bâches de récupération durent encore trois à quatre saisons. Les neuves tiennent cinq à six ans. Le coût, ramené à la saison et divisé par le nombre d’années d’utilisation, est très faible. Sur mille deux cents mètres carrés, avec cent dix kilos produits cette année, le prix de la bâche est négligeable par rapport à la valeur de la production.