Comment nous préparons notre sol pour notre culture de chanvre

24/03/2026

Des sols pauvres, caillouteux, peu profonds. Pas les plus faciles à cultiver. Mais avec une méthode précise, ils deviennent vivants plus vite qu’on ne le croirait.

Si on devait décrire nos sols à quelqu’un, on dirait : pas très profonds, très pauvres, beaucoup de roches, argileux, avec une fine couche de matière organique en surface. Ce ne sont pas des terres faciles. Au départ, c’est de la friche. Rien n’y a poussé depuis longtemps.

La première mise en culture : une seule fois, un gros effort

Quand on ouvre une nouvelle parcelle, la séquence est toujours la même. On commence par dessoucher : retirer les souches d’arbres, ce qui demande du matériel et du temps. Ensuite, on apporte une grande quantité de compost, soit l’équivalent de deux cents tonnes par hectare. On mélange le tout sur une profondeur de trente à quarante centimètres, avec une charrue et une rotache. C’est le maximum qu’on peut faire avec les outils qu’on a.

Ce labour profond, on sait qu’il fait une grosse perturbation dans le sol. Mais il a un effet intéressant : au lieu que la vie se développe seulement dans les premiers centimètres où se concentre la matière organique, elle va coloniser toute cette épaisseur. La vie se redistribue sur toute la profondeur travaillée.

Et après ça, on ne retouche plus le sol. C’est une décision de fond : une grosse perturbation initiale, puis plus rien. On ne laboure pas chaque année.

Entre deux saisons : l’engrais vert et le disque

Une fois la parcelle installée, la préparation entre deux saisons suit un cycle régulier. À la fin de la culture, on sème un engrais vert. On le laisse pousser tout l’hiver. Au printemps, on le broie. Ce broyat devient le paillage de la saison suivante : plusieurs centimètres d’épaisseur, qui vont protéger le sol, retenir l’humidité, limiter les adventices.

Après le broyage, on passe un coup de disque très superficiel pour incorporer l’engrais bio qu’on vient d’apporter. Ce coup de disque ne rentre pratiquement pas dans le sol, il reste dans le paillage. Il sert juste à mélanger l’engrais à la surface. Puis on installe les goutte-à-goutte, les bâches, et on plante.

L’engrais bio qu’on apporte à ce moment-là vient compléter ce que le compost ne suffit pas à fournir. Nos sols étant très pauvres, même avec un apport massif de compost, il faut compléter en azote, phosphore et potassium. Le compost vise la fertilité sur le long terme. L’engrais bio nourrit la culture de la saison.

Sol vivant en plein champ : ce que l’indoor ne peut pas reproduire

Les sols forestiers ont déjà une vie en eux quand on commence à les travailler. Ce n’est pas un sol mort. Mais après un premier apport de compost et ce travail profond, on observe que la vie repart et se redéveloppe beaucoup plus intensément qu’au départ. Au bout d’une saison, on voit des vers de terre là où il n’y en avait pas. On voit le mycélium coloniser.

Un indicateur qu’on a appris à lire : quand on débâche la parcelle à la fin de la culture, on regarde sous les bâches. S’il y a du mycélium blanc qui s’est développé sur les résidus, c’est très bon signe. Ça veut dire que les champignons travaillent, que la matière organique est en train d’être décomposée, que le sol est actif.

Un sol vivant joue sur beaucoup de choses en même temps : la nutrition des plantes, l’aération, la rétention en eau, les défenses immunitaires des plantes contre les maladies.

La rétention en eau, c'est un point particulièrement critique sur notre exploitation.

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L’objectif, c’est la plus grande diversité possible de bactéries et de micro-organismes. Et ça se construit dans le temps. Ce sont des processus longs avant que tout se mette bien en place.

Un avantage de l’outdoor que l’indoor ne peut pas reproduire

En indoor, on cultive dans des substrats. On ne réutilise pas le même sol d’une culture à l’autre. C’est souvent même problématique pour les ravageurs : sans sol vivant et diversifié, les équilibres biologiques ne s’établissent pas. Il existe maintenant des gammes de terreaux bio conçus pour être vivants, mais c’est différent d’un vrai sol en pleine terre qu’on travaille et enrichit d’une saison à l’autre. Le sol de plein champ, ça s’améliore avec le temps. Un substrat, on le remplace.

Pas d’analyse de sol systématique

On a fait faire une analyse de sol une fois, mais sur une partie basse de la ferme qui est assez différente des autres parcelles. Le résultat n’était pas vraiment représentatif. Chez nous, les sols varient beaucoup d’un endroit à l’autre, selon la profondeur, la roche mère, l’exposition. On ne peut pas tirer une conclusion générale d’une seule analyse.

Compost massif et labour unique : créer un sol fertile rapidement

Ce qu’on fait, dans l’idée, c’est créer une couche fertile rapidement. En permaculture, on y arrive en apportant de la matière organique sur des années et des années, par accumulation progressive. Nous, on le fait directement avec un gros apport de compost et en mélangeant en profondeur. C’est plus brutal dans la méthode, mais le résultat est là : les processus qui prennent des années ailleurs, on les met en route en une saison.

Thomas Lengagne
Thomas Lengagne Producteur de CBD dans l'hérault