Le cycle complet d’une plante de chanvre

De la graine à la fleur récoltée, il se passe entre quatre et cinq mois. Cinq mois pendant lesquels la plante suit le soleil, et nous, on suit la plante.

Tout commence fin avril, début mai. On sème en godets, en pépinière. Deux à trois semaines plus tard, les plants vont en plein champ. Pas plus. Le chanvre n’aime pas rester trop longtemps en godet, et dès que les conditions sont là, il pousse vite. Très vite.

La germination, c’est trois jours. Trois jours entre la graine posée dans le substrat et la plantule qui sort. C’est une des choses qui surprend quand on travaille avec cette plante pour la première fois.

La phase végétative : quand la plante s’emballe

Une fois en terre, la plante entre dans sa phase de croissance végétative. Elle développe ses racines, ses tiges, ses feuilles. Au début, ça paraît lent. Et puis ça s’emballe.

Plus la plante a de feuilles, plus elle peut capter de lumière, et plus elle grandit vite. C’est un effet boule de neige. À partir du moment où elle est bien installée, la croissance devient vraiment impressionnante. Des plants qui gagnent trente centimètres en quelques jours. On se retrouve vite submergés. Cette année, certaines plantes ont dépassé les trois mètres.

Cette phase dure jusqu’à mi-août. Le solstice du 21 juin marque le moment où les jours commencent à raccourcir. La plante le détecte, mais elle continue à pousser en végétatif encore plusieurs semaines après.

La photopériode : le soleil qui décide

Le chanvre est une plante sensible à la photopériode. C’est la durée de lumière dans la journée qui gouverne son comportement. Tant que les jours sont longs, elle reste en croissance. Quand les jours raccourcissent suffisamment, elle comprend que l’été touche à sa fin et déclenche sa floraison.

Ce basculement arrive en général autour du quinze août. C’est à ce moment-là que les plantes entrent en floraison. Pas toutes exactement en même temps, pas toutes au même rythme selon les variétés, mais c’est le signal général.

Pas de taille, pas d’étêtage

On ne taille pas nos plantes pendant la croissance. On ne retire pas les têtes pour forcer la ramification. C’est un choix assumé, et il est pratique autant qu’agronomique.

Tailler une plante, c’est lui faire prendre du volume en largeur. On n’a pas la place en largeur, on l’a en hauteur. Les rangs sont espacés, mais pas assez pour accueillir des plantes qui s’étalent dans tous les sens. On laisse donc les plantes monter. Et elles montent.

La floraison : là où les variétés se révèlent

La floraison, c’est le moment que Max préfère. Et on comprend pourquoi. Pendant la croissance, toutes les plantes se ressemblent un peu : vertes, qui montent. À la floraison, chaque variété montre ce qu’elle est vraiment. Des formes différentes, des densités différentes, des odeurs radicalement différentes. C’est là qu’on commence à dissocier les unes des autres. Celle qui a une odeur incroyable. Celle dont les têtes sont particulièrement compactes. Celle qui surprend.

Thomas préfère la croissance. La vitesse. Voir une plante faire trente centimètres en quelques jours. Le fait que tous les matins, c’est différent de la veille. C’est une satisfaction particulière que les gens qui n’ont jamais cultivé ne comprennent pas facilement.

Décider du moment de la récolte

La récolte ne se décide pas à l’œil, c’est trop risqué. Elle se décide par les analyses.

On envoie des fleurs fraîches au laboratoire pour obtenir le taux de CBD et le taux de THC. C’est ce dernier qui dicte le calendrier.

Il faut savoir que plus la fleur mûrit, plus le taux de THC monte. Pas énormément, mais suffisamment pour dépasser le seuil légal de 0,3% si on attend trop longtemps. Tout le jeu, c’est de récolter au bon moment : assez mûr pour que le CBD soit à son maximum, pas trop tard pour rester sous le seuil.

On envoie plusieurs échantillons en même temps, prélevés sur des fleurs à différents stades visuels. Les fleurs ne mûrissent pas toutes à la même vitesse sur une même plante, ni d’une plante à l’autre. Ces différences de couleur et d’aspect nous donnent une image de la diversité de maturité dans la parcelle. L’analyse précise ensuite là où on en est vraiment.

Calendrier de culture du chanvre : de mai à octobre

Sur notre variété la plus précoce, l’AK, on commence à récolter dès le dix septembre. Semis début mai, récolte mi-septembre : quatre mois et demi. C’est une floraison courte, qui part un peu avant le quinze août. Un vrai avantage sur les années où la pluie arrive tôt en automne : on a déjà coupé avant que les problèmes commencent.

À l’autre bout du spectre, les variétés les plus tardives, souvent à dominante sativa, restent en floraison beaucoup plus longtemps. On récolte celles-là autour du dix, quinze octobre. Le signal de floraison arrive au même moment pour toutes, mais certaines prennent beaucoup plus de temps pour arriver à maturité.

Du premier semis à la dernière récolte de la saison, on est sur cinq à six mois de travail. Et ce cycle est stable d’une année sur l’autre. Le soleil ne change pas de rythme.