Un tracteur de soixante-deux ans, une effeuilleuse fabriquée maison, et une règle simple : mécaniser ce qui économise du temps sans dégrader le travail. Ni plus, ni moins.
Dans la culture du chanvre, on mécanise peu. Pas par principe, mais parce que sur nos petites surfaces, la plupart des étapes ne le justifient pas. On a peu de plantes, elles sont très grosses, mais il n’y en a pas beaucoup. C’est facile à entretenir à la main.
La seule intervention mécanique régulière dans les parcelles, c’est un coup de disque superficiel au printemps pour incorporer le broyat et l’engrais. Ce disque rentre à peine dans le sol, il reste dans le paillage. Quand il y a une bosse, il la glisse un peu, mais la plupart du temps, il ne pénètre même pas dans la terre.
La première année, quand on ouvre une parcelle, il faut faire intervenir un tracteur pour le labour profond, le dessouchage, le mélange du compost. Mais après cette mise en place initiale, le tracteur ne repasse plus dans les parcelles. C’est voulu : on ne travaille plus le sol.
Au moment de la récolte, les plantes sont grandes, parfois trop grosses pour être portées en une seule fois. On les coupe branche par branche, entre dix et soixante centimètres selon comment la plante est conformée, et on remplit des petites remorques tirées par le quad. C’est ce moment-là qu’on appelle mécanisé, même si c’est une mécanisation très modeste.
Décider du moment où on coupe, c'est une autre histoire.
Comment on sait qu'une plante est prête à récolter et tout ce que ça implique en termes d'analyses →Ces branches sont ensuite acheminées jusqu’à l’endroit où on effeuille. L’effeuillage, c’est l’étape où on retire toutes les petites feuilles qui entourent la fleur, ce qu’on appelle aussi la manucure ou le trimming. Une fleur non manucurée est couverte de feuilles, elle n’est pas présentable. C’est un critère de qualité important.
Pour cette étape, on a fabriqué notre propre effeuilleuse. Elle fonctionne, mais sa motorisation est encore un bricolage. On n’a pas eu le temps de la terminer complètement. C’est cette machine qui représente notre principale mécanisation : elle nous fait gagner un temps gigantesque sur l’après-récolte. On aimerait pouvoir la comparer à une trimeuse professionnelle, voir la différence de vitesse, de qualité sur les fleurs, voir si ça casse moins les têtes.
Pour les travaux au sol, on a un vieux tracteur, un Massey Ferguson 35 qui a soixante-deux ou soixante-trois ans. Les outils derrière sont aussi de vieux outils. Ça marche parfaitement. L’effeuilleuse, elle, a été achetée neuve, parce qu’elle n’existait pas il y a soixante ans.
L’entretien du matériel, c’est surtout un poste de temps. Quand on fait tout soi-même, il faut apprendre, et on ne va pas aussi vite qu’un mécanicien. Max s’occupe de ça. En plus d’être agriculteur, il est mécanicien. Il faut tout faire.
Avant de lancer le projet, Thomas n’était pas forcément pour la mécanisation. C’est en apprenant petit à petit, notamment avec Max qui s’y est chauffé, qu’il a changé d’avis. Le facteur décisif : savoir qu’on peut réparer soi-même. Quand une machine tombe en panne et qu’on la comprend, on la répare. Ça prend du temps, mais c’est possible. Ça change tout dans la relation qu’on a avec le matériel.
Faire tourner un tracteur de 1962 qui tourne à l’huile, ce n’est pas pareil que piloter des machines modernes où dès qu’il y a un problème, on ne peut plus rien faire soi-même. La mécanisation qu’on pratique, c’est de la petite mécanisation. On peut la réparer. On comprend ce qu’on fait. Ce n’est pas parce qu’on est mécanisé qu’on travaille de manière industrielle.
Il y a une vraie différence entre mécaniser et industrialiser. Et si on vendait nos produits à des prix qui compensaient entièrement le travail manuel, on pourrait tout faire à la main à petite échelle. Mais dans l’agriculture d’aujourd’hui, un minimum de mécanisation est indispensable pour que les prix restent accessibles.
La mécanisation n’a pas changé la qualité du produit final. Ce qu’elle a changé, c’est le temps disponible. Le temps qu’on ne passe plus à certaines tâches répétitives, on peut l’investir ailleurs, sur les étapes qui demandent de l’attention et du soin. C’est ça, le vrai bénéfice.
Tout ce qui se passe après la récolte, pour arriver à des fleurs bien préparées en sachet, c’est long. Si on avait des moyens illimités, on investirait dans de bonnes machines professionnelles pour toute la transformation post-récolte : trimeuse, matériel de conditionnement. C’est là que le temps se perd le plus. Dans les champs, sur nos surfaces, ça ne changerait pas grand-chose.