Il n’y a pas eu de vrai débat. L’outdoor s’est imposé assez naturellement, parce que c’est ce qui permet de se rapprocher le plus possible du cycle normal de la plante.
Quand on a lancé l’exploitation, la question ne s’est pas vraiment posée de cette façon. L’extérieur, c’est ce qui nous paraissait le plus naturel, ce qui permet de se rapprocher le plus possible du cycle normal de la plante. L’indoor, on l’a écarté assez vite : ça consomme énormément d’énergie, beaucoup de temps, beaucoup de moyens. Ce n’est pas durable, ce n’est pas écologique. La serre, c’est un autre cas.
La serre a ses intérêts réels. Elle permet de prolonger les saisons. Et surtout, elle offre une forme d’assurance récolte : en outdoor, chaque année, on a le risque de perdre la totalité de la production. Ce risque reste faible, mais s’il se réalise, c’est une saison entière perdue. Il faut aussi compter l’investissement : une serre, c’est un sacré budget, et ça pèse dans la décision.
Ce qu’on dit moins souvent sur la serre : en créant un microclimat plus chaud à l’intérieur, elle favorise certains ravageurs. Les araignées rouges, les thrips s’y développent bien. L’air y circule moins, les prédateurs naturels sont moins présents. On peut se retrouver avec plus de pression ravageurs sous serre qu’en plein air, ce qui n’est pas forcément l’effet recherché.
Dans notre climat, qui est chaud, le gain apporté par la serre reste limité. La floraison se passe un peu mieux quand la plante n’a pas froid la nuit, mais ça n’augmente pas les rendements de façon significative. Un jour, on aimerait avoir une petite partie de la production sous serre, en complément, pour cette assurance récolte. Mais l’outdoor restera la base.
On est assez convaincus que l’influence des UV sur les plantes joue sur la qualité. Il existe des lampes qui produisent des UV, mais l’intensité de la lumière directe du soleil, les variations de température entre le jour et la nuit, la présence des insectes, tout ça pousse la plante à se défendre davantage et à augmenter sa production de résine. C’est une réaction au milieu, à la pression du dehors.
Sur notre exploitation, ces conditions sont particulièrement marquées.
Découvrez ce que le terroir du Sud apporte concrètement à nos plantes →En indoor, on contrôle tous les paramètres. L’idée derrière, c’est que la plante a tout ce qu’il lui faut, qu’elle est donc au maximum. Mais c’est de la vie, pas un process industriel. Et la vie se construit aussi dans la contrainte. Ce n’est pas parce que les conditions sont maîtrisées qu’elles sont optimales. Ce sont exactement les mêmes méthodes que l’industrie légumière a mises en place pour produire à grande échelle. Et on voit le résultat.
Sur les marchés, on nous pose souvent la question. L’outdoor, en général, c’est mal vu. Les gens arrivent avec la conviction que le indoor, c’est forcément mieux : l’hydroponique, le contrôle, tout ça.
Ce qu’on leur répond, c’est le parallèle avec la tomate. La tomate cultivée en hydroponique sous serre industrielle, dans des conditions parfaitement contrôlées, elle n’a aucun goût. Tout le monde le sait. Dans le reste de l’alimentation, la culture en plein air, le soleil, le sol vivant, c’est associé à la qualité. Mais pour le CBD, pour le cannabis en général, c’est l’inverse qui s’est installé comme croyance : le indoor serait le haut de gamme.
C’est du business, des préjugés, des on-dit. Peut-être que l’indoor est plus confortable à cultiver, sans risques climatiques, sans ravageurs extérieurs. Mais confortable pour le cultivateur ne veut pas dire meilleur pour la plante.
Cette année, on cultive environ mille deux cents mètres carrés, répartis sur deux parcelles, soit 0,12 hectare. C’est une petite production. On est installés dans la forêt, sur des terrasses, avec des petites parcelles entourées de haies pour conserver un maximum de biodiversité autour.
Il n’y a pas d’agriculture voisine, pas de grandes routes à proximité. Ça change beaucoup de choses : la pression de ravageurs n’est pas la même que dans une plaine agricole, et on n’a pas de contamination par les phytos qui pourraient dériver de parcelles voisines traitées. L’environnement forestier impacte le rendement, les arbres font de l’ombre sur certaines zones. Sur la qualité, c’est difficile à mesurer précisément, mais ça joue probablement sur le sol et sur l’équilibre naturel des ravageurs.
Ce sol-là, on a dû le construire de zéro.
Comment on prépare une parcelle de friche pour en faire un sol vivant capable de soutenir une plante de trois mètres →C’est un point important à préciser. Une exploitation installée en plaine agricole, entourée de cultures conventionnelles, n’a pas le même profil. La pression extérieure est différente, les risques de contamination aussi.
On fait tourner les parcelles au mieux. Il n’y a pas de cycle prédéfini, on jongle selon ce qu’on a en cours, car on fait aussi du maraîchage à côté. Ce qui est systématique : derrière chaque culture de chanvre, on sème un engrais vert. Il n’est pas récolté, il est fauché, puis il paille le sol et permet de récupérer les résidus de culture, c’est-à-dire tous les nutriments restés dans le sol que le chanvre n’a pas consommés. Ça prépare la parcelle pour ce qui vient après.
Ces pratiques font partie de notre approche bio depuis le premier jour.
Pourquoi on était déjà en agriculture biologique avant même d'avoir demandé la certification →Cultiver dehors, c’est accepter les aléas climatiques. Le froid en début de saison, les pluies longues et répétées en fin de saison qui peuvent faire pourrir les fleurs, les épisodes très intenses qui cassent les branches, les coups de vent ou de grêle. Ce sont des risques réels, qu’on ne maîtrise pas. C’est le prix de l’outdoor.