Malgré sa disponibilité aisée et sa vente libre, le CBD, souvent perçu comme inoffensif, requiert une attention particulière concernant ses interactions médicamenteuses possibles. Les patients sous antidépresseurs, attirés par les propriétés anxiolytiques du CBD, peuvent se questionner sur les conséquences de son utilisation parallèle avec leurs médicaments actuels.
Comment fonctionnent les antidépresseurs ?
Les antidépresseurs sont des médicaments destinés à traiter la dépression en intervenant sur les neurotransmetteurs dans le cerveau, notamment la sérotonine, la noradrénaline et parfois la dopamine. Ces substances chimiques jouent un rôle clé dans la régulation de l’humeur et des émotions. Les antidépresseurs œuvrent ainsi à rétablir l’équilibre chimique dans le cerveau.
Comme beaucoup de médicaments, les antidépresseurs sont métabolisés (c’est-à-dire, transformés) dans le foie. Ce dernier joue un rôle essentiel dans le métabolisme des médicaments en utilisant un ensemble d’enzymes, notamment les cytochromes P450, qui modifient la structure chimique des substances, facilitant ainsi leur élimination du corps.
Le CBD est un inhibiteur de cytochrome
Le CBD est maintenant connu pour être inhibiteur des cytochromes P450, CYP3A4, 2C19, 2C9[1][2]. Nous l’avons évoqué, les cytochromes sont des complexes d’enzymes et de molécules. Ils interviennent dans la transformation de nombreuses molécules exogènes (non fabriquées par l’organisme) tel que les médicaments. A savoir que lorsque les médicaments sont biotransformés par les cytochromes, ils perdent en général leur activité pharmaceutique.
Le CBD diminue l’élimination des médicaments antidépresseurs
De nombreux antidépresseurs sont métabolisés par l’organisme par l’intermédiaire des cytochromes. Ainsi, l’utilisation de CBD, qui aura tendance à diminuer l’activité des cytochromes, risque de diminuer l’élimination des antidépresseurs au sein de l’organisme. Il a notamment été rapporté le cas d’une patiente traitée par amitriptyline, et consommant du CBD, qui a vu son taux d’amitriptyline augmenter dans son organisme. Il s’en est suivi une déchirure de la rétine (effet secondaire rare de l’amitriptyline). Bien-sûr ce cas est un cas particulier, et ne peut être généralisé. Il faut cependant retenir qu’il peut exister des intéractions entre certains antidépresseurs et le cannabidiol.
Une autre étude à observé une augmentation significative des taux clobazam (substance chimique appartenant à la famille des benzodiazépines et notamment commercialisée pour ses propriétés anxiolytiques et anticonvulsivants) chez des enfant souffrant d’épilepsie réfractaire, suite à l’inhibition de l’enzyme inhibe le CYP2C19 par le cannabidiol[3].
Peut-on consommer du CBD en étant sous traitement antidépresseur ?
Face au manque important d’études complètes portant sur le sujet (les vertus potentielles de la molécule sont supposées selon des mécanismes pharmacologiques et des résultats d’études précliniques), et compte-tenu des interactions mises en évidence dans des publications scientifiques, il est fortement déconseillé de consommer du CBD avec des antidépresseurs !
Peut-on remplacer l’usage d’antidépresseurs par la consommation de CBD ?
Bien que le CBD est souvent discuté pour son potentiel à améliorer les symptômes de l’anxiété et de la dépression (certaines études préliminaires ont montré des résultats prometteurs), la recherche sur l’efficacité du CBD en tant qu’alternative aux antidépresseurs est encore à un niveau relativement précoce.
Les antidépresseurs étant des des médicaments rigoureusement testés et ayant prouvé leur efficacité dans le traitement des troubles dépressifs (dans le cadre d’études cliniques), à ce stade de la recherche, le CBD ne peut pas être considéré comme un substitut direct aux antidépresseurs, encore moins sans une consultation avec un professionnel de la santé.